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Dim, Mar

Opération épervier
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L'affaire n'est pas passée inaperçue. Elle a même choqué plus d'un observateur des milieux judiciaires du pays. En fait, lorsque Zéphyrin Emile Nsoga, Procureur de la République auprès du Tribunal criminel spécial (Tcs) décide que Francis Dooh Collins soit entendu par des Officiers de police judiciaire (Opj) et que ce dernier soit interdit de sortir du pays, il se voit présenter une fin de non recevoir de ses collaborateurs chargés de déclencher et de faire les enquêtes préliminaires. La raison invoquée, apprend-on, les Opj n'ont pas reçu d'ordre formel allant dans ce sens de la part du Délégué général à la Sûreté nationale ou du Secrétaire d'Etat à la Défense en charge de la Gendarmerie. Des confrères de la place, apparemment bien informés, révéleront dans la foulée que Francis Dooh Collins, dénoncé ces derniers temps pour avoir reçu de l'ancien Garde des Sceaux, Amadou Ali, plus de 800 millions de FCFA pour traquer les supposés comptes des prisonniers de l'Opération Epervier à travers le monde, aura même été reçu entre autres par Martin Mbarga Nguelé, le Dgsn, et Jean Baptiste Bokam, le Sed. A quelle fin? Difficile à dire. Toujours est-il que, la réaction du Président de la République ne s'est pas fait attendre.

C'est ainsi le 3 mai dernier, le Chef de l'Etat comme pour mettre un terme à ce genre de blocage dans le travail du Tcs, est passé à l'offensive en créant le corps spécialisé d'Officiers de police judiciaire du Tribunal criminel spécial. Basé au siège du Tcs, ce nouveau corps est doté de la compétence nationale. Ses missions régaliennes seront entre autres de diligenter les enquêtes relatives aux détournements des biens publics dont le montant du préjudice est d'un montant minimum de 50 millions de FCFA mais aussi et surtout, d'exécuter les mandats de justice et les commissions rogatoires relevant de la compétence du Tcs. Dans sa constitution, ce corps spécialisé est confié à une division des enquêtes et des services administratifs. 

L'on pourra également constater que c'est au chef de division que reviendra la lourde charge de conduire les enquêtes et de coordonner l'ensemble des activités du corps, ainsi que la formation et le recyclage des personnels. Le chef de division est assisté d'un adjoint (tous 2 nommés par décret présidentiel) et des chargés d'études (nommés par arrêté présidentiel) appelés de mener des investigations dans les procédures qui leurs seront confiées. Mais d'où viendront les éléments chargés de sortir ce corps des fonds baptismaux? Il s'agira des personnels sélectionnés par leurs chefs respectifs parmi les Opj de la Sûreté nationale et de la Gendarmerie nationale. Ils pourront aussi provenir des fonctionnaires et autres agents des administrations et services publics. Toutefois, cette dernière catégorie devra prêter serment avant leur entrée en fonction. 

Pour tout dire, force est de constater que le Chef de l'Etat, qui a fait de la lutte contre la corruption l'un de ses chevaux de bataille, a voulu corriger rapidement les premières limites du Tcs. C'est dire que les défis qui attendent le personnel de ce corps spécialisé des Officiers de police judiciaire du Tcs sont nombreux. Il faut le dire d'emblée, ils devront être avant tout, des éléments dont l'intégrité morale ne devrait servir d'aucune contestation. Ajouté à cette qualité primordiale requise, un détachement certain avec les choses matérielles. Il faut remarquer que qui parle du Tcs, parle d'une histoire d'argent, une affaire de gros sous. Et dans un pays où le corps de la Police et de la Gendarmerie (d'où viendront l'essentiel de la troupe) sont généralement présentés dans l'imagerie populaire comme des corps fortement corrompus, il faudrait que ces Opj fassent la différence en assumant leurs missions dans les règles de l'art. Ensuite, si le décret de création de leur corps leur octroie des avantages liés a leur fonction, il faut dire que le Chef de corps à qui revient la lourde charge d'y envoyer leurs éléments, fassent un effort particulier pour n'y envoyer que les plus méritants. Car en fait, le Tcs, c'est une affaire d'expertise. Et en face de ces enquêteurs, ce ne sont pas des enfants de chœur. Il n’y a qu'à voir comment Urbain Olanguena Awono, Inspecteur d'Etat de formation, malmène ses collègues dans les prétoires depuis qu'il est aux prises avec la Justice. En définitive, ce sont de gros espoirs qui sont placés en ce corps pour la réussite des missions du Tcs.

© Charles Nwé : La Nouvelle

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