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Mer, Mai

Opération épervier
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Polycarpe Abah Abah, Marafa Hamidou Yaya et Yves Michel Fotso sont confinés à un véritable isolement depuis le vendredi 25 mai 2012, date de leur transfèrement de la prison centrale de Kondengui aux cellules du service central des recherches judiciaires logées dans l'enceinte du secrétariat d'Etat à la Défense. Trois jours après un transfèrement que les conseils des concernés assimilent à une «exfiltration», les trois détenus Vip sont interdits de visite. 

Seules leurs épouses, à l'exclusion de toute autre personne, ont le privilège d'accéder à eux, histoire de leur porter de la nourriture, sans la moindre possibilité de communiquer, cependant. Voici désormais comment les choses se passent concrètement dans ce nouveau cadre de détention, dans un rituel qui se veut désormais immuable: 

L'épouse qui se pointe à l'arrière du bâtiment qui abrite le cabinet du Secrétariat d'Etat à la Défense passe devant les deux cellules, celles d’Edzoa Titus et Atangana Thierry avant de rejoindre, quelques mètres plus bas, le site qui abrite les cellules des trois nouveaux pensionnaires. Elle exhibe son plat de nourriture qu'elle goutte devant les geôliers qui passent au peigne fin et le retournent dans tous les sens. A la suite de quoi l'on ouvre la grille d'accès aux six cellules, suivi la porte de la cellule du détenu. 

Ce dernier peut alors s'avancer pour pointer son nez au niveau de la grille d'entrée et recevoir, directement des mains de son épouse, le seul plat de nourriture de la journée. Une fois le plat reçu, le détenu est appelé à rejoindre gentiment sa cellule qu'on referme aussitôt. Aucune possibilité de communiquer avec une épouse qu'on a tôt fait de congédier. Aucune possibilité de conversation ne leur est offerte au cours de ce bref échange. 

S'agissant des nouveaux lieux de détention des trois nouveaux pensionnaires, il s'agit des cellules existantes du service central des Recherches judiciaires qui auraient simplement reçu un coup de pinceau à la faveur du transfèrement des trois détenus. L'ex-Dg du Feicom, Ondo Ndong, a-t-on appris, a payé le tribut de ce transfèrement. Il a été délesté de sa deuxième cellule qui lui servait de magasin, au profit de Marafa Hamidou Yaya, le nouveau locataire. Dans cette enceinte qui abrite les six cellules construites en plein air, les six détenus que sont, Joseph Edou, Ondo Ndong, Gilles Roger Belinga, Marafa, Abah Abah et Michel Fotso respirent l'air pur, bien que confinés dans leurs cellules. Pas de possibilité, pour le moment, apprend-on, de prendre le bain de soleil dont bénéficient Edzoa Titus et Atangana Thierry. 

De même qu'il n'existe aucune possibilité de communication entre les six prisonniers qui ne se voient même pas, chacun restant enfermé dans sa cellule. Sous la haute protection d'un détachement de quelques éléments du service central des recherches judiciaires qui veillent au grain, retranchés, l'arme à portée de main, dans une enceinte qu'ils qualifient eux-mêmes de «zone rouge» strictement interdite d'accès, à la faveur des instructions du Sed. Un Jean Baptiste Bokam qui a tenu à se rendre personnellement, dans la matinée d'hier lundi, sur les lieux de détention des trois prisonniers Vip, histoire de s'assurer du tout sécuritaire, de réitérer et donner de nouvelles instructions. 

Les mêmes instructions qui seront données au niveau du poste d'identification qui filtre les entrées du camp de gendarmerie. Des mesures de sécurité ont en effet été renforcées ici depuis hier, lundi 28 mai 2012. Contrairement à l'ordinaire des lieux, il faut désormais faire la queue devant le poste d'identification, avant d'accéder. Les visiteurs sont accueillis par vague de trois, enregistrés selon l'heure d'accueil et orientés, le badge faisant foi, en fonction des indications données sur l'objet de la visite et/ou la personne à visiter. Au retour, l'heure de sortie du visiteur est consignée avant la récupération de son badge, récupéré en contre partie du retrait de la pièce d'identité. Un rituel qui, maigre consolation, exempte les épouses des prisonniers, à l'instar de Caroline Abah Abah. 

Sur le visage et les yeux larmoyants de qui se lisaient, hier, lundi 28 mai 2012, vers 15h30mn au sortir du Sed, toute l'amertume, la consternation, l'affliction et le désespoir d'une épouse esseulée, le cœur déchiré. Au moment où il lui faut affronter de nouvelles péripéties et les démêlées judiciaires d'un époux à qui l'on a prêté récemment des intentions d'évasion aggravée dont il doit répondre le 19 juin 2012 devant le Tpi d'Ekounou.

EVARISTE MENOUNGA | Mutations

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